No-code et RGPD : comment allier innovation et conformité

No-Code & Low-Code
Mis à jour le 14 février 2026
10 min de lecture

Loin d'être incompatibles, une utilisation réfléchie des outils no-code peut tout à fait respecter les exigences de protection des données. Il suffit de comprendre les enjeux et d'adopter les bonnes pratiques dès le début de votre projet.

No-code et RGPD : comment allier innovation et conformité

Le no-code a bouleversé la création d'applications en la rendant accessible à tous, sans avoir à écrire une seule ligne de code. En parallèle, le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) a imposé un cadre strict pour protéger les données personnelles des citoyens européens. À première vue, ces deux mondes semblent s'opposer : l'agilité fulgurante du no-code face à la rigueur juridique du RGPD. Pourtant, il est tout à fait possible de les concilier. Loin d'être incompatibles, une utilisation réfléchie des outils no-code peut tout à fait respecter les exigences de protection des données. Il suffit de comprendre les enjeux et d'adopter les bonnes pratiques dès le début de votre projet.

Comprendre les obligations essentielles du RGPD

Avant de se lancer dans un projet no-code, il est indispensable de maîtriser les bases du RGPD. Ce règlement ne vise pas à freiner l'innovation, mais à responsabiliser les entreprises qui manipulent des données personnelles.

Qui est responsable de quoi ?

Le RGPD définit deux acteurs principaux :

  • Le responsable de traitement : C'est vous, l'entreprise ou l'organisation qui décide pourquoi et comment les données sont traitées. Si vous créez une application no-code pour gérer vos clients, vous êtes le responsable de traitement.
  • Le sous-traitant : C'est le fournisseur de votre outil no-code (par exemple Airtable, Bubble, ou Xano). Il traite les données pour votre compte, en suivant vos instructions.

C'est une distinction fondamentale, car en tant que responsable de traitement, vous portez la responsabilité finale de la conformité, y compris du choix de vos sous-traitants.

Les principes fondamentaux à respecter

Le RGPD repose sur des principes clairs que tout traitement de données doit suivre :

  1. Licéité, loyauté et transparence : Vous devez avoir une base légale pour collecter les données (le plus souvent, le consentement de la personne ou l'exécution d'un contrat) et informer clairement les personnes sur l'utilisation qui en sera faite.
  2. Limitation des finalités : Vous ne pouvez collecter des données que pour un objectif précis et légitime, annoncé au préalable.
  3. Minimisation des données : Ne collectez que les données strictement nécessaires pour atteindre cet objectif. Pas plus.
  4. Exactitude : Les données doivent être exactes et tenues à jour.
  5. Limitation de la conservation : Ne conservez pas les données plus longtemps que nécessaire.
  6. Intégrité et confidentialité : Vous devez garantir la sécurité des données contre tout accès non autorisé, perte ou destruction.

Les défis du no-code face au RGPD

La plupart des outils no-code populaires sont développés par des entreprises américaines, ce qui soulève des questions complexes en matière de conformité avec la loi européenne.

Le casse-tête de la localisation des données

Le principal point de friction concerne le transfert de données entre l'Union européenne et les États-Unis. Le RGPD interdit de transférer des données personnelles vers un pays qui n'offre pas un niveau de protection équivalent à celui de l'UE.

L'arrêt "Schrems II" de la Cour de Justice de l'Union Européenne a invalidé en 2020 le "Privacy Shield", l'accord qui facilitait ces transferts. La Cour a jugé que les lois de surveillance américaines, comme le Cloud Act, permettaient aux autorités américaines d'accéder aux données des citoyens européens d'une manière jugée incompatible avec leurs droits fondamentaux.

Aujourd'hui, même si un nouvel accord (le "Data Privacy Framework") a été mis en place, la situation reste fragile. De nombreuses plateformes no-code hébergent par défaut les données sur des serveurs situés aux États-Unis, vous exposant potentiellement à ces risques.

La multiplication des outils et le risque de "Shadow IT"

La simplicité du no-code encourage les équipes métier (marketing, RH, opérations) à créer leurs propres outils sans en informer le service informatique ou le Délégué à la Protection des Données (DPO). C'est ce qu'on appelle le "Shadow IT". Chaque nouvelle application non déclarée qui traite des données personnelles crée un angle mort pour la conformité de l'entreprise et constitue une violation du RGPD.

De plus, connecter plusieurs outils entre eux (par exemple, un formulaire Typeform qui envoie des données à Airtable via une automatisation Make) multiplie les flux de données. Assurer la traçabilité et la sécurité de ces flux devient alors bien plus complexe.

Choisir ses outils no-code en pensant RGPD

La conformité de votre projet dépend en grande partie du choix de votre "stack" technique. Tous les outils ne se valent pas en matière de protection des données.

Les solutions orientées conformité

Certaines plateformes ont fait de la conformité RGPD un argument central.

  • Xano : C'est un backend no-code puissant qui permet de créer des bases de données et des API. Son avantage majeur est de vous laisser choisir la localisation de vos serveurs, y compris en Europe (Francfort, Paris...). En hébergeant vos données dans l'UE, vous éliminez une grande partie des risques liés aux transferts transatlantiques.
  • WeWeb : C'est un outil de création de "frontend" (l'interface visible par l'utilisateur). WeWeb a la particularité de ne stocker aucune donnée. Il se contente d'afficher les informations qui proviennent de votre backend (comme Xano). L'association WeWeb + Xano (avec serveur en UE) est aujourd'hui considérée comme l'une des stacks les plus robustes pour construire une application no-code entièrement conforme au RGPD.

Les alternatives open-source et auto-hébergées

Pour un contrôle total, les solutions open-source que vous hébergez vous-même sont une excellente option.

  • Baserow : Une alternative directe à Airtable, que vous pouvez installer sur vos propres serveurs en France ou chez un hébergeur cloud européen (comme Scaleway ou OVHcloud). Vous maîtrisez ainsi entièrement la localisation et la sécurité de vos données.
  • n8n : Une alternative à Make ou Zapier pour l'automatisation. L'auto-hébergement garantit que les données qui transitent dans vos workflows ne quittent jamais votre infrastructure.

Les outils populaires à utiliser avec précaution

Des plateformes comme Bubble, Airtable ou Webflow sont extrêmement populaires mais demandent une vigilance accrue, car leurs serveurs sont majoritairement basés aux États-Unis.

Outil Hébergement par défaut Option d'hébergement UE Recommandation RGPD
Bubble États-Unis Non (ou très coûteux et complexe) À éviter pour les données sensibles. Utiliser avec des mesures de protection renforcées.
Airtable États-Unis Oui (uniquement pour les plans Enterprise) Adapté pour les données peu sensibles. Indispensable de signer un DPA (Data Processing Agreement).
[Webflow]() États-Unis Non Idéal pour les sites vitrines. Pour les formulaires, s'assurer de la bonne gestion des données collectées.

Les bonnes pratiques pour un projet no-code conforme

La conformité n'est pas seulement une question d'outils, mais surtout de méthode.

1. Intégrer la protection des données dès la conception ("Privacy by Design")

Ne pensez pas au RGPD à la fin du projet. Intégrez-le dès la première minute.

  • Analysez les risques : Avant de commencer, demandez-vous si votre projet est susceptible de présenter un risque élevé pour les droits des personnes. Si oui, une Analyse d'Impact relative à la Protection des Données (AIPD) est obligatoire.
  • Minimisez la collecte : Pour chaque champ de votre base de données ou de votre formulaire, posez-vous la question : "Cette information est-elle absolument indispensable ?".

2. Documenter tous vos traitements

Le RGPD vous oblige à tenir un "registre des activités de traitement". C'est un document qui recense toutes vos utilisations de données personnelles. Pour chaque application no-code que vous créez, vous devez y inscrire :

  • La finalité (ex: "Gestion des candidatures").
  • Les catégories de données collectées (ex: "Nom, prénom, email, CV").
  • La durée de conservation.
  • Les mesures de sécurité mises en place.

3. Encadrer l'usage du no-code en interne

Pour lutter contre le "Shadow IT", mettez en place une gouvernance claire.

  • Établissez une liste d'outils approuvés : Référencez les plateformes validées par votre DPO et votre service informatique.
  • Créez une charte d'utilisation : Définissez des règles simples pour les collaborateurs, par exemple : "Toute nouvelle application collectant des données clients doit être validée par le DPO".
  • Formez vos équipes : Sensibilisez les créateurs d'applications no-code aux grands principes du RGPD.

4. Gérer le consentement et la transparence

Si vous vous basez sur le consentement pour traiter des données, celui-ci doit être libre, spécifique, éclairé et univoque.

  • Pas de cases pré-cochées : L'utilisateur doit faire une action positive pour donner son accord (cocher une case lui-même).
  • Une information claire : Expliquez simplement pourquoi vous collectez les données et ce que vous allez en faire, via une politique de confidentialité accessible.

5. Signer un Data Processing Agreement (DPA)

Pour chaque outil no-code que vous utilisez, vous devez signer un DPA. C'est le contrat qui lie le responsable de traitement (vous) et le sous-traitant (la plateforme). Il précise les obligations de chacun en matière de sécurité et de protection des données. La plupart des grandes plateformes proposent un DPA standard dans leurs conditions d'utilisation.

En conclusion, utiliser le no-code en conformité avec le RGPD n'est pas seulement possible, c'est une nécessité pour construire des applications durables et dignes de confiance. Cela demande une approche proactive : choisir les bons outils, documenter ses processus et placer la protection des données au cœur de chaque projet. L'agilité du no-code ne doit pas se faire au détriment de la sécurité et du respect des droits des individus.

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